la photographie



J'aime beaucoup ce que vous faites. Ça m'a tout de suite sauté à la gueule. C'est très fort très déstabilisant. On se le prend dans le plexus, et après ça tourne encore longtemps dans le plexus. Plusieurs jours. C'est un cognement qui vient au plexus, et qui fore, et qui s'installe. Vous devez être quelqu'un de très angoissé, je l'ai vu tout de suite. Je l'ai vue suinter de vos images l'angoisse, elle est là. Mais aussi vous devez savoir la dompter l'angoisse, parce qu'il y a une maitrise, une mise à distance, il y a un cadrage au millimètre et qui n'est pas qu'un savoir-faire, qui n'est pas qu'un truc de professionnel de l'image mais qui est une empathie pure. Vos images ne viennent pas du monde, vos images viennent d'un lieu derrière le monde, un lieu fantôme. C'est elles qui viennent vers vous, elles vous ont élu. Ça je l'ai senti. Vous faites du zazen non. Ha bon. Et puis vous parlez peu, et c'est un don le silence. Je vous imagine parler à la lumière. Vous vivez seul. À la campagne. Ha bon. Regardez-vous dans une glace, il n'y a aucune imposture en vous, c'est rare. Tout le monde a quelque part en lui un imposteur mais pas vous, et c'est rare. Votre cerveau est ouvert sur une mémoire, sur une mémoire plus ample que la vôtre. Vos gestes prouvent quelque chose, vous avez des gestes trop élancés, plus amples que nécessaires. Votre main va chercher plus loin que votre verre, je l'ai vu, elle cherche quelque chose au-delà, au-delà du strict objet. Il y a une habitation en vous. Vous débordez de l'emplacement qui vous est réservé. Il y a un fantôme il me semble, un être en vous qui vous meut et vous déplace, d'une façon puissante, d'une façon bouleversante, je le vois dans vos gestes, dans votre silence. Je peux vous aider. Je vois les choses. Je sais ce qui se passe. En regardant les gens dans leur corps dans leurs gestes je vois ce qui se passe en eux qu'ils ne peuvent pas savoir. Non je ne suis pas une sorcière. Non je n'ai pas de dons. C'est de l'observation, c'est une sensation qui coule dans mon observation et qui me donne une connaissance, une connaissance des gens. Ça paraît obscur mais rien n'est plus simple. Je suis quelqu'un de concentré, ça aide pour ce que je fais. Je suis concentrée sur l'espace qui m'entoure, vingt-quatre heures sur vingt-quatre je suis concentrée sur l'espace autour de moi et si quelqu'un entre dans mon espace d'observation il passe avec sa connaissance, lui ne se la sent pas porter mais moi oui je sens la connaissance qu'il porte dans ses gestes. Je n'ai pas besoin de l'écouter, il n'a rien besoin de dire, la connaissance me vient dans les yeux, dans l'observation seule. À vous voir m'écouter je crois que vous me comprenez n'est-ce pas. Ça c'est ma carte, vous pouvez me téléphoner. Nous pourrions nous voir, je consulte. Non c'est sans parole vous n'avez rien besoin de me raconter. Je vous regarde et je traduis ce que je vois, en direct devant vous. Oui c'est moi qui parle en fait. Non ce n'est pas cher, et puis j'ai des tarifs dégressifs. Et puis, quand ce que je vois me plaît je parle beaucoup et ça me fait du bien, et à ce moment-là c'est moi qui vous paye. Vous voyez vous ne perdez rien à m'appeler.